
Le secret perdu – Maurice Magre

Une maison quelconque en un quartier perdu…
Le long couloir muet… L’escalier vermoulu,
Puis un palier, un rais de lumière, une porte…
Une servante avec un visage de morte
Me conduit. Des tapis où des êtres humains
Sont couchés au milieu de l’ombre et des coussins.
Les visages épais ont des regards sans flamme.
On distingue des seins et des bustes de femme
Et la fumée est lourde et je demeure là
Sous le miroir sans fin qui reflète un Bouddha
Et les peines du soir à mes côtés s’endorment.
Alors, un long visage clair, parmi les formes
Apparaît, il sourit, il se penche sur moi,
Sur ses lèvres se pose un minuscule doigt,
Qui fait chut! j’entends mal des choses à voix basse,
Je sens qu’un beau secret dans l’atmosphère passe…
Mais soudain un peignoir fait en se déplaçant
Un grand cercle couleur d’émeraude et de sang,
Comme un jet de cristal en flamme un rire fuse,
Les contours sont moins nets, les formes plus confuses
Et le visage au clair ovale disparaît…
Jamais je ne saurai quel était le secret.























