Le Potager – Rosemonde Gérard
Les arbres s’estompaient d’une vapeur bleuâtre,
Les prés voisins donnaient un concert de grillons,
Et le soleil semblait un soleil de théâtre,
Un soleil en métal sans chaleur ni rayons.
Le ciel gardait encore une teinte rosée :
C’était le clair matin, le bienfaisant matin ;
Toutes les fleurs étaient luisantes de rosée,
Et l’air frais charriait d’âpres senteurs de thym.
Dans une plate-bande à bordure d’oseille
Majestueusement poussaient les artichauts ;
Et tout le long du mur où serpentait la treille,
Pendait le chasselas poudrerizé de chaux.
Côte à côte, non loin du carré des salades,
Montaient les haricots verts et les petits pois ;
Certains, avec des airs très dolents de malades,
S’appuyaient sur un jonc qui pliait sous leur poids.
Par moments, des pommiers les fleurs immaculées
Tombaient, mettant, ainsi que pour les reposoirs,
Un tapis virginal sur toutes les allées.
Le jardinier, flanqué de ses deux arrosoirs
D’où l’eau pleuvait formant une petite gerbe,
Marchait, sur les cailloux faisant un craquement ;
Parfois il s’arrêtait, arrachait un brin d’herbe,
Puis il recommençait d’arroser gravement.
On entendait au loin pépier l’alouette.
Entre les verts lauriers aux grâces de fuseaux
Se dissimulait mal l’informe silhouette
Du bonhomme en chiffons qui fait peur aux oiseaux.
Alignés, bedonnant sous leur cloche de verre,
Les melons presque mûrs avaient de beaux tons roux ;
Des mouches bourdonnaient aux portes de la serre,
Et des papillons blancs voltigeaient sur les choux.