L’autre matin, sous la feuillée – Rosemonde Gérard
L’autre matin, sous la feuillée
De soleil rose ensoleillée,
Je rêvais à toi, — tu passas,
Et je vis à ta boutonnière,
Penchant ses graines de lumière,
Une branche de mimosas.
— Oh ! donne-la-moi, je t’en prie,
Cette petite fleur meurtrie,
Murmurai-je… Et tu refusas,
Oui, tu refusas, toi si tendre,
Toi si bon, de me laisser prendre
Cette branche de mimosas.
Et sans soupçonner mes alarmes,
Sans voir mes yeux remplis de larmes,
De mon tourment tu t’amusas :
— Quoi ! fis-tu, sans plaisanterie,
Mademoiselle ma chérie,
Vous les voulez, ces mimosas ?
— Ce que je voudrais surtout, dis-je,
C’est apprendre par quel prodige
À mon pauvre cœur tu causas
Sciemment cette peine amère.
Dis, pourquoi t’est-elle si chère,
Cette branche de mimosas ?
Mais toi, sans cesser de sourire ;
— Écoute, je veux bien te dire,
Mais tu ne me gronderas pas,
Pourquoi j’eus l’audace suprême
De te refuser, moi qui t’aime,
Cette branche de mimosas :
Un peu curieux de nature,
Je désirais voir la figure,
Car je ne la connaissais pas,
Que vous faites alors qu’on ose
Vous refuser la moindre chose…
Tiens, les voilà, les mimosas !