
La complainte de l’hopital – Maurice Magre

Le vieil hôpital est en briques rouges,
Palais de la mort avec quatre tours
Il a sur la porte un fanal qui bouge,
Le fleuve le baigne et serpente autour.
Auprès sont les bas quartiers et les bouges.
Le peuple, le soir, cherche ses amours
Près de l’hôpital fait de briques rouges.
Le vieil hôpital est rempli d’humains
Marqués par le mal et par la misère.
Dans les lits étroits ils tordent leurs reins.
Là sont les perdus et les solitaires,
L’homme sans amis et l’homme sans mère.
Grimaçants, gelés et levant les mains,
Le vieil hôpital est rempli d’humains.
On entend le vent à travers les salles,
Il fait des récits dans les corridors
Et chaque visage est un peu plus pâle,
Quand il dit par où, pieds devant, l’on sort,
Qu’avec sa bougie et son linceul sale,
La petite chambre où l’on met le mort
Est à droite, au fond, dans le corridor.
Que les yeux sont grands dans les faces blêmes!
Dans les maigres corps que de cœurs fervents!
Combien ont offert aux êtres qu’ils aiment
L’élan éperdu de moignons en sang!
Que de cris d’appel vers des Christ absents!
Quelle écume d’âme et que de blasphèmes!
Que les yeux sont beaux dans les faces blêmes!
O vieil hôpital dont les murs encerclent
Le mélancolique et l’affreux troupeau,
Marmite enfermant avec ton couvercle
Les membres, les os, les nerfs et les peaux,
Gîte de douleur, enfer aux cent cercles
Dont les torturés n’ont pas de repos,
O vieil hôpital, voici le troupeau,
Voici l’éclopé qui penche et se traîne,
Voici le manchot, voici le boiteux,
Ceux qui n’auront plus jamais avec eux
Le bonheur d’avoir une forme humaine,
L’homme sans mâchoire et l’homme sans yeux,
La jambe fendue et le cœur boiteux,
Corps mangé de plaie et pauvre âme en peine…
Fais-leur bon accueil, ô vieil hôpital!
Incline tes tours, ouvre-leur ton porche!
Pour leur tenir chaud, éclairer leur mal,
Allume ta brique ainsi qu’une torche!
Ouvre comme un ciel ton dôme ogival!
Pour ceux qu’on déchire et ceux qu’on écorche,
Un peu de pitié, ô vieil hôpital!






















