Immitation de l’Ode latine de Jan Dorat – Joachim Du Bellay
Comme en un char, qui bruloit,
Raui parmi l’air liquide
Le grand prophete voloit,
Et commandant à la bride
Des cheuaux audacieux,
D’vne main etincelante
Guidoit leur trace brulante
Par la carriere des cieux.
Quand du vieil ſeing foudroyant,
Aux braz du ieune prophete
La robɇ en l’air ondoyant
Tomba d’vne longue traite,
Qui ſembloit aux regardans
Etinceler par derriere
Vne brillante lumiere
A pointes de traiz ardens.
Commɇ au ſerein d’vne nuit
De mile feux couronnée
De loing quelquefois treluit
Vnɇ étoilɇ epoinçonnée,
Qui coulɇ, ou ſemble couler,
Et trainant apres ſa fuite
De ſillons vne grand’ ſuite
Court par la vague de l’air.
Ainſi, ayant depouillé
De ſa forme corporelle
Le manteau iadis ſouillé
D’vne tache naturelle,
Marguerite delaiſſa
Ce vieil fardeau tant moleste,
Et aux ronds du feu celeste
Plus alaigre ſe haulſa.
L’esprit du corps deuoilé,
Et net des terrestres boües
Iuſque au ciel étoilé
Vola deſſus quatre roües :
La foy, l’esperancɇ außi,
La charité tant priſée,
Et celle, que n’a briſée
L’effort du cruel ſouci.
Sur ces couples bien appris
Parmi la celeste trace
Au ranc des heureux espris
Ellɇ alla prendre ſa place,
La, ou Roinɇ elle ſe void
D’vn monde plus grand, & ferme
Que n’etoit le petit terme,
Que ſon Nauarrois auoit.