
En ce joyeulx temps du jourduy – Charles d’Orléans

En ce joyeulx temps du jourduy
Que le mois de may ce commance,
Et que l’en doit laissier ennuy,
Pour prendre joyeuse plaisance,
Je me trouve sans recouvrance,
Loingtain de joye conquester;
De tristesse si bien renté
Que j’ay, je m’en puis bien vanter,
Le rebours de ma voulenté.
Las! Amours je ne voy nulluy
Qui n’ait aucune souffisance,
Fors que moy seul qui suis celluy
Qui est le plus dolent de France.
J’ay failli à mon esperance;
Car quant à vous me voulz donner
Pour estre vostre serementé,
Jamais ne cuidoye trouver
Le rebours de ma voulenté.
Au fort, puisqu’en ce point je suy,
Je porteray ma grant penance,
Ayant vers Loyaulté refuy
Où j’ay mis toute ma fiance;
Ne Dangier qui ainsi m’avance,
Quelque mal que doye porter,
Combien que trop m’a tourmenté,
Ne pourra ja en moy bouter
Le rebours de ma voulenté.
D’aucun reconfort acointer
Plusieurs foiz m’en suy dementé;
Mais j’ay tousjours au par aler
Le rebours de ma voulenté.























