
Comment faustine a été enlevée – Joachim Du Bellay

Quand naguère,–et avec quelle cruauté, bien que tu ne méritasses point
un pareil traitement!–ton époux t’arracha des bras de ta mère,
quand il t’entraîna, les mains tendues et les cheveux épars, qu’as-tu
senti alors? et qu’as-tu pensé?
On dit que, dans ta détresse, tu poussais des plaintes à faire pleurer,
et souvent mon nom revenait au milieu de tes gémissements,
et tantôt tu t’adressais d’une voix brisée à ce mari cruel, et tantôt tu
suppliais ta mère avec des larmes légitimes.
Mais lui, le brutal, de tenir bon, et de repousser tes prières, et
c’étaient des prières capables d’émouvoir même des bêtes sauvages.
Hélas! lorsque tu emplissais la ville de tes cris de détresse, pourquoi
n’ai-je pas pu, infortuné, me trouver sur ta route?
J’aurais fait ce que fit Corèbe jadis, dans un coup de folie, comme
l’impie Ajax emmenait Cassandre.
Oui! je me serais jeté au milieu de ton escorte, au risque d’y mourir,
et il n’y aurait pas eu de mort plus illustre dans le monde entier.
XX
AD MILITES GALLOS CUM AD BELLUM NEAPOLITANUM PROFICISCERENTUR
Quos chara e patria avulsos et dulcibus arvis
Sævus amor belli misit in Hesperiam,
Pergite fœlices, fatisque vocantibus ite,
Quo vos ipsa vocat Gallica Parthenope.
Illic, si quid erit vobis virtutis avitæ,
Et tanget patrii pectora Martis amor,
Tot frustra repetita Ducum infœlicibus armis
Procumbent vestra mœnia capta manu.
Tunc Siculum scelus ulcisci, patriisque sepulchris
Solvere Achillæas inferias dabitur.
Ast ego qui Veneris miles, Martemque perosus
Haud animo tantum concipio facinus,
Solvere tentabo captivæ vincla puellæ,
Quæ mihi longe ipsis charior est oculis.
Hæc repetenda mihi tellus est vindice dextra,
Hoc bellum, hæc virtus, hæc mea Parthenope.
XX
AUX SOLDATS FRANÇAIS LORS DE LEUR DÉPART POUR LA GUERRE DE NAPLES
Vous, qu’arracha de la douce patrie et de vos chères campagnes le
furieux amour de la guerre qui vous envoie en Italie,
allez! que la fortune soit avec vous, et, puisque le destin vous
appelle, allez où vous appelle aussi cette Naples, qui est française.
Là, pourvu que vous ayez un peu du courage de vos aïeux et que vous
touche au cœur l’amour de ce Mars qui animait vos pères,
vous verrez ce que les armes malheureuses de tant de capitaines ont en
vain essayé de reprendre, tomber, remparts conquis, sous votre main.
Alors, vous châtierez la Sicile et son crime, et sur les tombeaux de vos
pères vous offrirez, comme Achille, les sacrifices dûs. Telle est votre
part.
Quant à moi, je suis soldat de Vénus, j’abhorre Mars, et je ne conçois
pas une si grande entreprise.
Je tenterai de délivrer de ses liens ma maîtresse qui est prisonnière,
car elle m’est plus précieuse, et de beaucoup, que mes yeux mêmes.
Voilà le sol que je dois reconquérir d’une main vengeresse, voilà ma
guerre, voilà mon courage, voilà ma Naples à moi.
XXI






















