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Chapelain – François Villon

Chapelain – François Villon

Beaux yeux, soleils jumeaux, astres du ciel d’amour,
Qui même dans la nuit nous faites voir le jour ;
Bouche éclose à demi, fraîche à tromper l’abeille ;
Front poli, nuancé d’une pudeur vermeille ;
Blonds cheveux, lacs de soie où se prennent les cœurs,
Cordages de pur or, dont les amours vainqueurs
Garrottent en riant les libertés de l’âme,
Adorables appas, chers objets de ma flamme !
Trop cruelle Philis, etc., etc.
Illustre Chapelain dans cette solitude
Où je goûte en repos les plaisirs de l’étude,
Je songe tous les jours au trouble infortuné
Où pour être trop franc tu t’es abandonné,
Et je souhaiterois pour ta savante muse
Un calme égal au mien, dont peut-être j’abuse
Le grand bruit de ton nom te trouble et t’incommode :
L’un t’apporte un sonnet, l’autre t’apporte une ode.
Qu’on vante en lui la foi, l’honneur, la probité,
Qu’on prise sa candeur et sa civilité,
Qu’il soit doux, complaisant, officieux, sincère,
Je le veux, j’y souscris, et suis prêt à me taire.
Grand Richelieu de qui la gloire,
Par tant de rayons éclatants,
De la nuit de ces derniers temps
Éclaircit l’ombre la plus noire ;
Puissant esprit dont les travaux
Ont borné le cours de nos maux,
Accompli nos souhaits, passé notre espérance,
Tes célestes vertus, tes faits prodigieux,
Font revoir en nos jours, pour le bien de la France,
La force des héros et la bonté des dieux.
…………….
Ils chantent nos courses guerrières
Qui, plus rapides que le vent,
Nous ont acquis en te suivant
La Meuse et le Rhin pour frontières ;
Ils disent qu’au bruit de tes faits
Le Danube crut désormais
N’être pas dans son antre assuré de nos armes,
Qu’il redouta le joug, frémit dans ses roseaux,
Pleura de nos succès, et grossi de ses larmes,
Plus vite vers l’Euxin précipita ses eaux.
…………….
Toutefois en toi l’on remarque
Un feu qui luit séparément
De celui dont si vivement
Resplendit notre grand monarque ;
Comme le pilote égaré
Voit en l’ourse un feu séparé
Qui brille sur sa route et gouverne ses voiles,
Cependant que la lune accomplissant son tour
Dessus son char d’argent environné d’étoiles
Dans le sombre univers représente le jour.
…………….
Ébloui de clartés si grandes,
Incomparable Richelieu,
Ainsi qu’à notre demi-dieu
Je te viens faire mes offrandes ;
L’équitable siècle à venir
Adorera ton souvenir
Et du siècle présent te nommera l’Alcide ;
Tu serviras un jour d’objet à l’univers
Aux ministres d’exemple, aux monarques de guide,
De matière à l’histoire, et de sujet aux vers.

…………….
De quelque insupportable injure
Que ton renom soit attaqué
Il ne sauroit être offusqué :
La lumière en est toujours pure ;
Dans un paisible mouvement
Tu t’élèves au firmament
Et laisses contre toi murmurer cette terre ;
Ainsi le haut Olympe, à son pied sablonneux,
Laisse fumer la foudre et gronder le tonnerre,
Et garde son sommet tranquille et lumineux.
Et de Malherbe éteint rallumer le flambeau.
Sed neque Godæis accedat musa tropœis,
Nec Capellanum fas mihi velle sequi,
On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches
Sortir à découvert deux mains longues et blanches
Dont les doigts inégaux, mais tout ronds et menus,
Imitent l’embonpoint des bras ronds et charnus.
Lugete ô Veneres, Cupidinesque,
Et quantùm est hominum venustiorum.
Ιου κλαιέτε Κυπρι και ερωτες,
Οσσοι θ’ιμεροεντες ανδρες εισι.
Loin des murs flamboyants qui renferment le monde,
Dans le centre caché d’une clarté profonde,
Dieu repose en lui-même et vêtu de splendeur,
Sans bornes est rempli de sa propre grandeur.
Une triple personne en une seule essence,
Le suprême pouvoir, la suprême science,
Et le suprême amour, unis en trinité,
Dans son règne éternel forment sa majesté.
…………….
Neuf corps d’esprits ardents, de ministres fidèles,
Dans un juste concert de différents degrés,
Chantent incessamment des cantiques sacrés.
Sous son trône étoilé, patriarches, prophètes,
Apôtres, confesseurs, vierges, anachorètes.
Et ceux qui, par leur sang, ont cimenté la foi,
L’adorent à genoux, saint peuple du saint roi.
Debout à son côté la Vierge immaculée,
Qui de grâce remplie et de vertus comblée,
Conçut le Rédempteur en son pudique flanc,
Entre tous les élus obtient le premier rang.
Au même tribunal où tout bon il réside,
La sage Providence à l’univers préside,
Et plus bas à ses pieds l’inflexible destin
Recueille les décrets du Jugement divin.
De son être incréé tout est la créature ;
Il voit rouler sous lui l’ordre de la nature,
Des éléments divers est l’unique lien,
Le père de la vie et la source du bien.
Tranquille possesseur de sa béatitude,
Il n’a le sein troublé d’aucune inquiétude ;
Et voyant tout sujet aux lois du changement,
Seul, par lui-même, en soi, dure éternellement.
Ce qu’il veut une fois est une loi fatale
Qui toujours, malgré tout, à soi-même est égale,
Sans que rien soit si fort qu’il le puisse obliger
À se laisser jamais ni fléchir ni changer.
Du pécheur repenti la plainte lamentable
Seule peut ébranler son pouvoir immuable,
Et forçant sa justice et sa sévérité,
Arracher le tonnerre à son bras irrité.
On nous promet de Chapelain,
Ce docte et fameux écrivain,
Une incomparable Pucelle ;
La cabale en dit force bien.
Depuis vingt ans on parle d’elle,
Dans six mois on n’en dira rien.

AUTRE.

Par bonheur, devant qu’on imprime
Cette Pucelle magnanime,
Chapelain, tu tiens le haut bout ;
Mais on dit que cette Pucelle
Ne s’est fait voir qu’à la chandelle,
Et que le jour gâtera tout.

AUTRE.

Après une vie éclatante,
La Pucelle fut autrefois
Condamnée au feu par l’Anglois,
Quoiqu’elle fut très-innocente ;
Mais celle qu’on voit depuis peu
Mérite justement le feu.
Illa Capellani dudùm expectata puella
Post tanta in lucem tempora prodit anus.
Je vous dirai sincèrement
Mon sentiment sur la Pucelle.
L’art et la grâce naturelle
S’y rencontrent également.

Elle s’explique fortement,
Ne dit jamais de bagatelle,
Et toute sa conduite est telle
Qu’il faut la louer hautement.

Elle est pompeuse, elle est parée,
Sa beauté sera de durée,
Son éclat peut nous éblouir.

Mais enfin, quoiqu’elle soit telle,
Rarement on ira chez elle
Quand on voudra se réjouir.

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