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Trois Voix – Rosemonde Gérard

Trois Voix – Rosemonde Gérard

Trois voix, qui faisaient comme un bruit
D’instruments joués par des anges,
Trois voix m’ont parlé dans la nuit,
Qui disaient des choses étranges.

Par ma musique bien souvent
Ta souffrance fut endormie ;
En mon mirage décevant
Ta peine trouva l’accalmie.

On dit que je suis mensonger :
La vie est-elle pas un leurre !…
On dit que je suis passager :
Mais n’est-ce pas beaucoup, une heure !…

Loin des misères d’ici-bas,
L’âme sur mes ailes s’élève.
Enfant, me reconnais-tu pas ?
— Non.
— Ingrate, je suis le Rêve.

Vers moi, tu vins le front pâli,
Et de pleurs la joue emperlée ;
Je ne t’ai point donné l’oubli,
C’est vrai, mais je t’ai consolée.

Rarement je parle aux heureux,
J’aime les âmes inquiètes ;
Parfois, de pauvres amoureux
J’ai su faire de grands poètes.

Couronner un front abattu,
C’est à quoi ma bonté s’amuse.
Enfant, dis, me reconnais-tu ?
— Non.
— Ingrate, je suis la Muse.

Et moi, jadis, je suis venu,
Sauras-tu pas me reconnaître ?
Moi, l’enfantelet rose et nu,
J’ai chanté dessous ta fenêtre.

J’avais les senteurs des grands bois
Et le mois de Mai pour complices ;
Tu m’ouvris, prise par ma voix :
Lors, commencèrent tes supplices,

Car je me suis, depuis ce jour,
Logé dans ton cœur lamentable
Comme un assassin qui s’attable…
— Ah ! je sais, vous êtes l’Amour !

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