Les Tziganes jouaient – Rosemonde Gérard
Les tziganes jouaient leur musique troublante.
Et vous me parliez bas, tout bas, dans les cheveux,
Vous me parliez d’amour ; et sur la valse lente
Aux arpèges plaintifs, se rythmaient vos aveux.
De temps en temps, par les fenêtres entr’ouvertes,
Une odeur de Printemps, très fine, se glissait,
Qui disait la chanson des jeunes pousses vertes :
Et la très lente valse alors s’alanguissait.
Les pervenches d’azur et les roses trémières,
Dans la nuit du dehors souffraient mille tourments,
Tandis que s’attardaient alentour des lumières
Les papillons flirteurs, leurs volages amants…
Vous me parliez d’amour. Je crois encore entendre
Ces doux aveux, coupés de silences très longs.
— Chère, me disiez-vous, et la gravité tendre
De votre voix chantait avec les violons,
Vous, qui pourriez d’un mot, d’un seul, chasser les doutes
Et les tristes pensers qui mettent en émoi
Mon être tout entier, ô chère, dites-moi
Si bientôt sonnera l’heure exquise entre toutes,
Où, prenant en pitié mon amoureux souci,
Vous vous ferez sensible et m’aimerez aussi.
Ah ! par pitié…
Ah ! par pitié… — Hélas ! fis-je, tout attendrie
Par vos jolis discours, les cieux me sont témoins,
Ô mon très cher ami, que je ne veux rien moins
Que vous désespérer ; mais comment, je vous prie,
Disposer de mon cœur : il ne m’appartient pas.
Et vous voyant pâlir, je murmurai tout bas,
Si bas, que vous avez à peine dû l’entendre :
— Je veux bien le donner, si vous voulez le rendre.