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Les Tronçons du serpent – Victor Hugo

Les Tronçons du serpent – Victor Hugo

Je veille, et nuit et jour mon front rêve enflammé,
Depuis qu’Albaydé dans la tombe a fermé

Car elle avait quinze ans, un sourire ingénu,
Et quand elle croisait ses bras sur son sein nu,

Un jour, pensif, j’errais au bord d’un golfe, ouvert
Et je vis sur le sable un serpent jaune et vert,

La hache en vingt tronçons avait coupé vivant
Et l’écume des mers que lui jetait le vent

Tous ses anneaux vermeils rampaient en se tordant
Et le sang empourprait d’un rouge plus ardent

Ces tronçons déchirés, épars, près d’épuiser
Se cherchaient, se cherchaient, comme pour un baiser

Et comme je rêvais, triste et suppliant Dieu
La tête aux mille dents rouvrit son œil de feu,

« Ne plains que toi ! ton mal est plus envenimé,
Car ton Albaydé dans la tombe a fermé

« Ce coup de hache aussi brise ton jeune essor.
Autour d’un souvenir, chaste et dernier trésor,

« Ton génie au vol large, éclatant, gracieux,
Tantôt rasait la terre et tantôt dans les cieux

« Comme moi maintenant, meurt près des flots troublés ;
Sans pouvoir réunir ses tronçons mutilés

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