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Les orgues – Pierre Quillard

Les orgues – Pierre Quillard

Requiem æternam dona eis, Domine.

Seigneur, ces pèlerins des routes de la vie
Ont peiné tout le jour vers le terme divin:
Au lieu des puits d’eau vive et des outres de vin,
Ils se désaltéraient aux calices d’envie.

Desséchés par le hâle et brûlé par le ciel
Torride, haletant de la soif infinie,
Ils ont bu, comme Christ en sa lente agonie,
La mauvaise liqueur de vinaigre et de fiel.

Sous les savantes mains d’atroces sagittaires,
Des flèches s’envolaient vers eux d’arcs inconnus
Et d’invisibles fouets mordaient leurs torses nus
Et du métal ardent coulait dans leurs artères.

Ils marchaient pesamment sous le faix de leurs croix
Avec le seul espoir de ta bonté future;
Mais les loups de l’enfer guettent la créature
Et happent en chemin l’âme que tu mécrois;

L’inextinguible feu hurle dans la géhenne
Et les damnés jetés aux abîmes grondants
N’apaisent point la faim terrible de ses dents
Et son gosier féroce est avivé de haines;

N’écarte pas de toi les fidèles troupeaux;
Le soir descend; après les heures sans prairies,
Voici l’instant rêvé des calmes bergeries:
Ouvre, ô Pasteur des morts, le bercail de repos.

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