
Les chambres de l’hotel – Maurice Magre

Les chambres de l’hôtel communiquent entre elles.
Je regarde au retour du vieux minuit fidèle,
Solitaire, allongé dans un banal fauteuil,
La porte peinte en blanc, la porte dont le seuil
A tous les imprévus des rencontres s’oppose…
Que d’êtres séparés par cette porte close
Qui pourtant se seront côte à côte étendus,
Tant d’amitié peut-être et tant d’amours perdus!
Je fais l’ombre et je vois un rais clair sous la porte…
Dans la chambre voisine on veille et l’air m’apporte
Un parfum… Puis des pas étouffés… On dirait
Une robe qui tombe… Un bruit de bracelet
Sur du marbre… Quelqu’un guette ma chambre obscure,
Dans cette goutte de clarté qu’est la serrure…
L’hôtel silencieux repose… mon cœur bat…
Au loin un fiacre passe et je ne bouge pas.
Et soudain dans l’éclat d’une lumière brusque,
Longue et splendide, ayant le torse qui se busque,
Avec un diaman entre ses seins qui luit,
Une femme apparaît sur la porte, sourit,
Fait un geste amical bizarre… Une seconde
Et rien de plus… Et puis l’obscurité profonde,
Un rire de cristal et le bruit d’un verrou.
— Dans quel soir ai-je vu flamboyé ce bijou?
Quel est le souvenir de cette ressemblance?
Le rais clair. Le fauteuil… Les heures… Le silence…
Oh! rêves de minuit dans les chambres d’hôtel,
Quand sonne la pendule au cœur surnaturel!…























