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Le voile froissé – Maurice Magre

Le voile froissé – Maurice Magre

Voilà ce que je vis au fond du quartier vieux…
La jeune fille en deuil s’avançait au milieu
Des sordides bazars et des marchands d’oranges.
Le soir resplendissait dans les loques étranges,
Les haillons bigarrés aux fenêtres pendus.
Sa robe frémissait comme un songe perdu
Parmi le peuple affreux grouillant dans la ruelle.
Elle m’apparaissait tendre, rêveuse et frêle
Et je souffrais sentant combien les bruits, l’odeur,
Les visages devaient déchirer sa pudeur.
Je vis un torse épais, une chemise rouge…
Des voix d’homme sortaient du demi-jour d’un bouge
Et deux yeux d’assassin guettaient dans un couloir…
Et là, vint s’engouffrer soudain le voile noir
Le visage pudique et pur sous la voilette.
La nuit appesantit ses ombres violettes
Sur les fruits, les ruisseaux, les bars du quartier vieux.
Je voyais une lampe à des volets lépreux…
Plus tard on l’éteignit… Un pas léger dans l’ombre…
Le sang du bec de gaz… Pâle en sa robe sombre,
Elle passe et je vois que le voile est froissé,
Je comprends que des mains dans sa jupe ont passé,
On a mordu son cou, sa bouche a des empreintes,
Je sens qu’elle a tremblé sous une forte étreinte…
Elle va, les yeux clos, pudiquement, sans voir
Et deux yeux d’assassin la suivent du couloir…

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