
Le temple brûlé – Maurice Magre

La flamme a ravagé les tombeaux, les symboles,
Mangé les portes d’or, détruit le péribole.
Sur les murs calcinés du temple, j’ai voulu
Retrouver le dessin, la beauté qui n’est plus,
A grands coups de pinceau restaurer les vestiges
Des rêves, recréer l’image et ses prestiges…
Comme un bon ouvrier, dès l’aurore au travail,
J’ai dressé mon échelle et refait le portail,
J’ai repeint la cella, repeint le péristyle,
Cherchant chaque contour et sa ligne fragile,
Redonnant de la vie aux visages des Dieux.
Et quand, longtemps après, avec un cœur pieux,
J’eus remis tous les bleus, tous les ors sur les fresques,
Je vis autour de moi mille formes burlesques,
La pitié s’accouplant partout avec le mal,
Les luxures tournant en un étrange bal,
Des animaux mêlés aux belles créatures…
J’avais à mon insu contrefait les peintures!
J’ai repris la palette et trempé le pinceau.
Mais j’erre vainement sous l’ombre des arceaux,
J’ai perdu la beauté que tu brûlas, ô flamme!
Sur les murs calcinés du temple de mon âme…























