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Le prêtre Uvastri – Maurice Magre

Le prêtre Uvastri – Maurice Magre

Il ne fallait jamais faire devant elle le récit d’un meurtre. Alors,
elle se mettait à trembler, elle prononçait des mots incompréhensibles,
ses prunelles devenaient fixes, elle suivait dans l’espace une
mystérieuse scène tragique.

Le voilà le prêtre Uvastri! disait-elle avec épouvante. Il faut avoir
pitié de moi. Et elle cherchait à s’enfuir ou elle s’avançait d’autres
fois avec un visage menaçant. Et tournée vers la porte close, elle
criait: Il vient d’entrer, le prêtre Uvastri se tient là.

Et le soir quand nous étions seuls elle s’arrêtait parfois de chanter,
elle se blottissait contre moi, elle me serrait la main longuement et
regardant obliquement la porte elle murmurait avec une voix de petite
fille, elle murmurait comme en rêve: Est-ce que tu sais si les morts
pardonnent?

Souvent je croyais le voir marcher autour de la maison. Il avait des
yeux étrangement rouges dans un visage pâle et triste et ses dents
luisaient entre ses lèvres. Il était tout de blanc vêtu et tirait un peu
une jambe. Il semblait las et quand il se tournait je distinguais entre
ses deux épaules la trace sanglante d’une blessure.

Et elle me disait, certains jours: O mon bien-aimé que la vie est belle
quand on s’aime. Le prêtre Uvastri ne reviendra plus. Elle se trompait
pourtant. On ne tue pas le passé d’un coup de poignard entre les deux
épaules. Toujours il sera derrière la porte, ce triste, ce terrible, ce
pitoyable prêtre Uvastri.

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