
Le désir d’être aimée – Maurice Magre

Elle parlait, elle parlait sans cesse, assise devant la maison. Sa voix
joyeuse couvrait le bruit de la fontaine dans le jardin et pendant que
je l’écoutais avec amour, je regardais dans l’air chaud du soir des
successions de vols d’oiseaux blancs s’élever et s’éparpiller avec
lenteur.
Et puis elle s’est tue tout à coup et elle a regardé longuement la cime
des palmiers immobiles dans la cendre du crépuscule, si longuement que
je lui ai dit: Pourquoi ne parles-tu plus, ô Padmani?
Elle a poussé un grand soupir. Il m’a semblé que la fontaine dans le
jardin s’arrêtait de faire son bruit secret. Elle a joint les mains et
elle a dit du fond du cœur: «Je voudrais tant que quelqu’un m’aime!»
Et elle a continué à regarder la cime des palmiers de plus en plus noyés
dans la cendre du crépuscule comme si elle ne me voyait pas à côté
d’elle. Alors un oiseau noir a traversé le ciel et a tracé une longue
ligne horizontale, comme s’il coupait le ciel en deux.























