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Le chœur. – Victor Hugo

Le chœur. – Victor Hugo

Elle est fille de roi.–Mais sa ville est en cendre.
Elle a droit à ce char et n’en veut pas descendre.
Depuis qu’on l’a saisie, elle n’a point parlé.
Le marbre de Syrta, la neige de Thulé
N’ont pas plus de froideur que cette âpre captive.
Elle est à l’avenir formidable attentive.
Elle est pleine d’un dieu redoutable et muet;
Le sinistre Apollon d’Ombos, qui remuait
Dodone avec le souffle et Thèbe avec la lyre,
Mêle une clarté sombre à son morne délire.
Elle a la vision des choses qui seront;
Un reflet de vengeance est déjà sur son front;
Elle est princesse, elle est pythie, elle est prêtresse,
Elle est esclave. Étrange et lugubre détresse!
Elle vient sur un char, étant fille de roi.
Le peuple, qui regarde aller, pâles d’effroi,
Les prisonniers pieds nus qu’on chasse à coups de lance,
Et qui rit de leurs cris, a peur de son silence.

(Le char s’arrête.)

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