
L’armée silencieuse des pensées – Maurice Magre

Mes pensées se mettent en marche vers toi comme l’armée silencieuse de
l’empereur Aureng-Zeb avec ses mille éléphants aux pattes feutrées
devant la forteresse de Paromisus.
Tu ne les vois pas, tu ne les entends pas. Elles t’enveloppent pourtant,
lançant des milliers de flèches vers le fanal nocturne qui brille
au-dessus de la tour inaccessible.
Mais peut-on toucher une âme lointaine avec les roseaux des pensées
légères? Est-ce que ton voile de soie mauve n’est pas plus impénétrable
que la pierre millénaire des remparts?
O tour couleur de bronze que baignent les vapeurs dorées de la montagne
afghane, tour du bien et du mal, tour de la séparation des frontières,
va, tu as raison, garde tes portes fermées à l’armée silencieuse qui
s’avance vers toi.
Car dans chaque flèche légère il y a un poison caché, le poison des
paroles qui mentent et de l’amour qui trahit et de ce poison l’âme
toujours meurt.























