
La tresse coupée – Maurice Magre

Sur le seuil d’or du magasin d’antiquités
L’enfant se fait coiffer par l’ancienne beauté.
La marchande aux yeux peints admire, palpe et flatte
L’éblouissante peau, les lèvres écarlates
Et la tresse qui tomberait jusqu’aux talons
Si ses doigts secs ne la tordaient sur le cou blond.
Quelquefois le miroir ornant la devanture
Lui montre son visage avec des bouffissures,
Ses lèvres retombant, son teint parcheminé…
Le parfum de la mort sort des meubles fanés.
L’enfant que le soleil de la rue illumine
Suit des oiseaux en cage aux boutiques voisines…
Mais soudain au moment de nouer les cheveux,
La femme, la poussant parmi les objets vieux
Du magasin, les oripeaux, les ors des frusques,
Tranche avec ses ciseaux la natte d’un coup brusque,
La suspend à son cou comme un souple serpent
Et danse, geai flétri, sous ces plumes de paon
Pendant que les ciseaux font un bruit métallique
Et que de tous côtés, sur le seuil des boutiques,
Des commères tapent leur ventre en s’esclaffant
De voir le beau visage abîmé de l’enfant.























