
La rue du chagrin – Maurice Magre

Cette rue, cette rue si courte, avec ses tamariniers par-dessus les murs
qui faisaient une ombre bleuâtre, je l’appelais la rue de la félicité.
Je la franchissais d’un seul élan et j’arrachais avec la main une touffe
de feuillage que j’éparpillais derrière moi.
Ta maison était à droite, une petite maison avec un toit bas et une
porte en ébène noir et j’appelais cette maison la maison du bonheur.
La chambre où tu reposais sous la moustiquaire avait des carrelages de
couleurs et j’y avais vécu tellement d’heures d’ivresse que je
l’appelais la chambre des souvenirs.
A droite est toujours ta petite maison. Les tamariniers font une ombre
bleuâtre. Mais la rue est interminable, et je l’appelle la rue du
chagrin.























