La porteuse de fruits – Rainer Maria Rilke
Voici ce que c’est que l’année.
Si ronds que vous soyez vous n’êtes pas les têtes :
on vous a pensés là-bas, ô fruits achevés,
les hivers vous ont imaginés, calculés,
dans les racines et sous l’écorce des troncs,
(à la lampe).
Mais sans doute êtes-vous plus beaux
que tous ces projets, ô vous, les œuvres aimées.
Et moi, je vous porte. Votre poids
me rend plus sérieuse que je ne suis.
J’exprime malgré moi je ne sais quel regret
semblable à celui de la fiancée étonnée
lorsqu’elle s’en va embrasser,
une à une ses pâles amies d’enfance.