
La messe de l’ane a cornes – Maurice Magre

L’âne à cornes se peint, se maquille avec soin.
Ses mignons près de lui se tiennent les pieds joints,
Prêts à lui présenter un corps qu’il aime à mordre.
Ses femmes sont sur des divans, guettant ses ordres.
Mais quand il a vêtu l’étole de brocart
Et la mitre, il les quitte en faisant des écarts,
Il sort de son palais et s’en va vers les bouges.
Il cogne les judas avec sa patte rouge
Et pelée, et fait voir son mufle monstrueux.
A son cri, le rebut de tous les mauvais lieux,
Les matrones, les procureurs et les ribaudes
Viennent vers lui, dansant de joie, chantant des laudes,
Et l’un porte un ciboire et l’autre un ostensoir,
L’autre lève en riant deux cierges dans le soir.
Alors, sur un autel formé d’un dos de femme,
Des nains chauves servant d’enfants de chœur infâmes,
Et sous la cathédrale immense du ciel bas,
L’âne bénit, étend son étole grenat
Et semble célébrer une messe grotesque.
Et quand avec sa patte il trace une arabesque,
Frappant la femme-autel du sabot à grands coups,
Le peuple agenouillé roule sur les cailloux
Parmi les détritus et les choses impures.
L’un étreint le ruisseau, l’autre baise l’ordure,
Un autre mord au cierge et mange avidement,
Et tous, les yeux soudain grandis stupidement,
T’adorent dans la nuit de plus en plus profonde,
Ane à cornes galeux qui règnes sur le monde!…























