
La maison des adolescents – Maurice Magre

L’adolescent franchit le mur du beau jardin
Car il ne savait pas qu’après les tamarins,
Les seringas géants, les camphriers blanchâtres,
Se dressait la maison secrète aux murs de plâtre
Où vivaient les enfants aux corps luxurieux,
La mulâtresse aux mains savantes, aux longs yeux,
La svelte au tambourin et la toute petite
A tête rase, aux seins couleur de chrysolithe.
Il frappa doucement sur la porte en or peint.
Un rire clair, de l’ombre fraîche, des coussins,
Des fruits dans des plateaux, des vins dans des carafes…
Sur un voile en lin bleu luit l’émail d’une agrafe.
Une bouche agace sa nuque en le mordant,
Un autre prend sa bouche et caresse ses dents.
La musique du tambourin, les lourdes roses…
La robe de lin bleu, la robe de lin rose
Tombent. Ses doigts crispés sur le frêle front ras
L’adolescent se pâme et fléchit dans les bras
Bronzés, puis dort et la nuit vient et la nuit passe…
Et d’autres nuits encor viennent. Les plantes grasses
Éclatent au soleil et les grands camphriers
Murmurent, les lézards courent sur les graviers…
Toujours l’adolescent étreint, renaît, se pâme
Dans le plaisir de chair, sur la chaleur des femmes.
Et lorsque se dressant au milieu des coussins
Il entend par-delà les murs, sur le chemin
Sa mère qui, de loin, l’appelle et se lamente,
Il serre avec ardeur les trois adolescentes
Il répand à leurs pieds une âme sans regrets.
Il est dans la maison dont on ne sort jamais.























