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Innocence – Daniel Thaly

Innocence – Daniel Thaly

Une petite fille aux yeux larges et bruns,
Une frêle fillette aux innocents parfums,
M’apporte une corbeille où sont les fruits de l’île:
La mangue, l’acajou, la figue et la vanille.
Chère enfant dont le père est parti loin de nous,
J’aime la pureté de ton regard si doux,
Si tu veux bien, enfant qui n’as pas de famille,
Par la loi de mon cœur tu deviendras ma fille!

VI

Puisqu’avril nous revient, ramenant le beau temps,
Nous irons, par delà les montagnes désertes,
Revoir Pointe-Mulâtre où sont les mangoustans
Et les cerfs roux broutant sur les savanes vertes.
La maison de l’ami sera, par les jours frais,
A l’ombre des manguiers et claire et pacifique;
Et tout en écoutant les rires des forêts,
Nous verrons écumer tes longs flots, Atlantique!

VII

Ils me disent: «Combien de dollars ou de livres
Vous rapportent vos chants, ces nostalgiques fleurs?»
«–Un petit vers tracé dans la plaine des livres
Plus que tous vos sillons peut durer, ô planteurs.»

VIII

Parques, bientôt pour moi grinceront vos ciseaux
Quand le vaisseau fatal abordera la grève.
Pourtant grâce à l’espoir qui brille dans mon rêve,
A chaque aube en mon cœur rechantent les oiseaux.

IX

Bien qu’il soit loin du ciel, des grives, des corbeaux,
L’oiseau captif à l’aube exulte dans sa cage.
J’ai chanté, loin des chœurs, dans une île sauvage,
Les solitaires chants, Muse, sont-ils moins beaux?

X

Les fenêtres sont d’or à chaque crépuscule.
Un volcan de splendeurs éclate au couchant vert.
Malheureux est l’esprit qui se sent incrédule
Devant l’immensité du ciel et de la mer.

XI

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