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Épitaphe de bagawali – Maurice Magre

Épitaphe de bagawali – Maurice Magre

Ici repose Bagawali qui porta dans la forme mince de son corps un génie
étrange toujours enflammé par le désir de la volupté.

Ce génie animait la clarté sombre de son regard, faisait palpiter ses
narines, mouillait sa bouche et la rendait pareille à la pulpe d’un
fruit qu’on ouvre pour le mordre.

Ce singulier génie invisible la poussait à entr’ouvrir la fenêtre quand
le pas d’un jeune homme retentissait dans la rue et à lui faire un
imperceptible signe pour lui désigner la porte.

Par la puissance de ce génie quand elle passait le long des remparts de
Delhi, elle laissait derrière ses pas un parfum qui n’était ni l’ambre
brûlé, ni le musc, mais une traînée indéfinissable et attractive qui
vous forçait à la suivre sans y penser.

Ce génie criait par sa bouche sur le lit des herbes à l’ombre des
cèdres, il tordait ses reins, il gonflait ses seins, il tendait ses
jambes et il avait l’air d’expirer, lui qui pourtant est éternel.

A présent est morte la forme charnelle de Bagawali. Mais le génie
demeure autour de ce tertre et de cette pierre blanche et si tu ne te
hâtes pas, passant, il prendra possession de toi et ton existence sera
désormais vouée à la poursuite du plaisir qui rend triste et met sur les
lèvres la cendre amère de la mort.

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