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Béhémot – Théophile Gautier

Béhémot – Théophile Gautier

Moi, je suis Béhémot, l’éléphant, le colosse.
Mon dos prodigieux, dans la plaine, fait bosse
Comme le dos d’un mont.
Je suis une montagne animée et qui marche;
Au déluge, je fis presque chavirer l’arche,
Et, quand j’y mis le pied, l’eau monta jusqu’au pont.

Je porte, en me jouant, des tours sur mon épaule;
Les murs tombent broyés sous mon flanc qui les frôle
Comme sous un bélier.
Quel est le bataillon que d’un choc je ne rompe?
J’enlève cavaliers et chevaux dans ma trompe,
Et je les jette en l’air sans plus m’en soucier!

Les piques, sous mes pieds, se couchent comme l’herbe:
Je jette à chaque pas, sur la terre, une gerbe
De blessés et de morts.
Au cœur de la bataille, aux lieux où la mêlée
Rugit plus furieuse et plus échevelée,
Comme un mortier sanglant, je vais gâchant les corps.

Les flèches font sur moi le pétillement grêle
Que par un jour d’hiver font les grains de la grêle
Sur les tuiles d’un toit,
Les plus forts javelots, qui faussent les cuirasses,
Effleurent mon cuir noir sans y laisser de traces,
Et par tous les chemins je marche toujours droit.

Quand devant moi je trouve un arbre, je le casse;
A travers les bambous, je folâtre et je passe
Comme un faon dans les blés.
Si je rencontre un fleuve en route, je le pompe,
Je dessèche son urne avec ma grande trompe,
Et laisse sur le sec ses hôtes écaillés.

Mes défenses d’ivoire éventreraient le monde,
Je porterais le ciel et sa coupole ronde
Tout aussi bien qu’Atlas.
Rien ne me semble lourd; pour soutenir le pôle,
Je pourrais lui prêter ma rude et forte épaule.
Je le remplacerai quand il sera trop las!

II

Quand Béhémot eut dit jusqu’au bout sa harangue,
Léviathan, ainsi, répondit en sa langue.

III

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