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Amours, Amours, tu scés plus d’une voye – Christine de Pisan

Amours, Amours, tu scés plus d’une voye – Christine de Pisan

Amours, Amours, tu scés plus d’une voye
D’attrapper gens a ta mussée trappe;
Et qui fouÿr te cuide se forvoye,
Car il n’est riens que doulx regart n’atrappe:
C’est ton veneur, cuer n’est qui luy eschape.
Plaisant maintien, courtoysie et lengaige,
Sont tes levriers, compaignie est la sente
Ou tu chaces plus souvent qu’en boscaige;
Je le scay bien, il fault que je m’en sente.

Certes, tes tours mie n’appercevoye,
Ne comme tu scez soubz couverte chappe
Surprendre cuers; quant si bien me devoye
De toy garder a mon dit; mais l’aggrappe
Dont tu tires a toy si mon cuer happe
Que il convient que je te face hommaige,
Ou vueilie ou non, et qu’a toy me consente;
Car ton pouoir seigneurist fol et saige:
Je le sçay bien, il fault que je m’en sente.

J’apperçoy bien que je me decevoye
De te cuidier fouyr, car sy m’entrappe
Doulx Souvenir que mucié ne savoye;
Et, quant je cuit ganchir, je me reffrappe
Dedens tes las, et Plaisance me frappe
De l’autre part; tu te tiens ou passage
Pour traire a moy; Biauté y est presente.
Rendre me fault, ou soit scens ou follage;
Je le sçay bien, il fault que je m’en sente.

Ha! dieux d’amours, puis qu’en ton doulx servage
Prendre me veulx, faiz que ne m’en repente,
Car eschapper ne puis ton seigneuraige;
Je le sçay bien, il fault que je m’en sente.

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