Aime-moi qu’il reste à ma bouche – Rainer Maria Rilke
Aime-moi qu’il reste à ma bouche
un peu de ce sourire qui te plaît ;
mon bras trop enfantin, quand tu le touches
demain, il s’éveillera parfait.
Je ne suis point de celles qui arrêtent
le doux passant, le pèlerin aimé ;
il me suffit qu’à jamais je reflète
le Dieu pressé qui m’a comblée.
Mais qu’il se verse, que mon corps d’albâtre
soit le vase à le contenir —,
ou bien qu’il me contemple comme le pâtre,
contemple l’astre qui devait surgir.