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Mystère de Vénus et des fusiliers marins – Jean Cocteau

Mystère de Vénus et des fusiliers marins – Jean Cocteau

1.

Jalouse de vos cous, cygnes
Une Léda sachant nager
Lève l’austère consigne
Et tire qui sera mangé
Tant que le ciel de lit chaste
Vous retombe dans le dos
Léda blanche chienne en chasse
Fait l’amour au bord de l’eau
La folle, un pompon à sa toque
Se détourne complaisamment
Et pour un caprice équivoque
Cherche le cou de son amant
Vite se transforme la rose
En rose marine : l’oursin
Mouillé, salé, rose déclose
Qui pardonne à son assassin

2.

Sur vos maisons que le vent berce
La mémoire qui vous aida
Au feu des rampes et des herses
Veut encore applaudir Léda
Où sont les Bretonnes promises ?
L’océan vous trouve trop beaux
Les voiliers levant leurs chemises
Montrent d’agréables tombeaux
Car c’est elle Léda, c’est elle
Dépouillant d’Icare les reins
Et tuant le cygne marin
Qui se dévore avec son aile

3.

Jadis plongeant pour quelques sous
Le mousse dans le sommeil plonge
Car il cherche à voir par dessous
Les cartes postales du songe
C’est encore vous veuve Léda
Cantatrice, vieille gredine
Qui jouez un rôle d’ondine
Pour les élèves du Borda
On vous dénonce : Prompte à naître !
Vénus et son rire enfantin
De reine, à toutes les fenêtres
Que la mer ouvre le matin
D’avoir entre vos nobles cuisses
Senti la flamme d’un glacier
Fondre comme au soleil de Suisse
Se peut-il que vous rougissiez
Non. Je perce votre mystère
Nos marins abandonnent l’eau
Léda de l’onde les oiseaux
Vous conviennent mieux sur la terre.