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La France au tombeau de Montcalm – Nérée Beauchemin

La France au tombeau de Montcalm – Nérée Beauchemin

Le jour que, dans ses bras éplorés, la Victoire
Emporta, sous les murs du fatal promontoire,
Montcalm, tout sanglant, au tombeau,
La Douleur, se vouant au deuil d’un preux qui tombe,
Sur l’autel, au lieu même où flamboya la bombe,
Alluma l’éternel flambeau.

Le vaincu, sur son lit de parade funèbre,
Le guerrier, que la lyre aux dix cordes célèbre,
N’a point connu le noir oubli.
Hors des mortels ennuis que le temps accumule,
Il gît, superbe autant que son illustre émule,
Dans sa bannière enseveli.

Sentinelle d’honneur, la flamme toujours veille
Sur la hauteur sublime où la foudre sommeille
Dans le bronze des bastions.
Du héros des lys d’or, le songe continue :
L’inconnu se dévoile, et l’irréelle nue
S’illumine de visions.

Dans la muette horreur des ombres, quel mirage
Enchante le sommeil de la mort ! Quelle image
Anime le rêve changeant !
Où vole, dans l’azur, la blanche silhouette
Qui tantôt disparaît et tantôt se reflète
Au miroir d’un fleuve d’argent ?

Le cor mélancolique a gémi dans l’espace ;
D’où vient-il ? Où va-t-il ? Quel est celui qui passe
Dans un éblouissant arroi ?
N’est-ce pas le courrier des princes de l’aurore ?
L’azur se fleurdelise, et l’orient se dore !
Oh ! c’est l’estafette du Roy.

Quel appel sonne-t-il, de colline en colline,
Ce buccin qu’accompagne, en la nuit qui décline,
La pâle étoile du réveil ?
Ce cor dont la musique annonce la lumière,
Ô Montcalm, ce n’est pas la trompette guerrière,
Ni le clairon du Roy-Soleil.

Un message d’amour, une heureuse dépêche,
Comme un souffle de mai, comme une brise fraîche,
A franchi la mer du matin,
Et les plus belles fleurs d’une flore immortelle
Ont mêlé les parfums d’une terre nouvelle
Aux parfums d’un pays lointain.

Le Héros a frémi. Des voix pleines de charmes,
Gonflant les yeux émus de ces divines larmes
Que le coeur ne peut retenir,
Des siècles de la gloire ont ravi le silence,
Grand’croix de Saint-Louis, lève-toi, c’est la France !
C’est la France du souvenir.