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La ballade de Leïla Khane – Alfred Alexandre

La ballade de Leïla Khane – Alfred Alexandre

(Extrait)

Les îles du rosaire

Leïla dit que chez nous aux îles du Rosaire les vagues sont aussi lentes que nos paupières alourdies par l’ennui
Leïla dit qu’aux îles du Rosaire l’attente épuise les muscles
dont la patience pourtant repousse les océans Leïla dit que dans une seule prière les îles du Rosaire
en un grain de sable ont concentré tout l’archipel.

Leïla dit que comme les vieux qui m’ont transmis la lente dérive où ils arpentent l’archipel du Rosaire elle sait ce que d’île en île
il faut naviguer pour ne pas mourir
Leïla dit qu’elle sait qu’au bout du pays
il y a une île et puis une autre une autre encore et toute la mer à habiter
Leïla dit qu’elle sait que l’océan est le grand souffle où mes baisers lui apprennent de nouveau à respirer.

Leïla dit que chaque année
des milliers de voiliers rêvent de voir les îles
Leïla dit que ce n’est pas le vent qui les pousse c’est la vie qui veut boire l’océan
et son goût somnolent des errances
et le temps revenu des nomades
devançant les climats où aucune pluie
ne barre l’horizon du voyageur

Leïla dit que certains jours nos îles meurent
l’après-midi au bord de l’océan
Leïla dit que depuis qu’elle m’a aimé
sa soif est une soif d’îles qui nagent vers les continents
Leïla dit que longtemps elle a cru ne jamais mériter
même la caresse d’un grain de sable cherchant du bout des doigts l’amour sur son visage

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