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Porco Rosso – Hayao Miyazaki

Porco Rosso – Hayao Miyazaki

Dans l’entre-deux-guerres, quelque part en Italie, un pilote hors-pair, est victime d’un sortilège. Il devient chasseur de prime, et établit son repère sur une île déserte de l’Adriatique. Surnommé Porco Rosso par ses ennemis, les pirates de l’air et brigands de tout poil, il affronte les meilleurs pilotes en duel aérien à bord de son splendide hydravion rouge. Il vole au secours des faibles et un jour rencontre l’amour. Mais qui percera le secret de sa métamorphose ?

Porco Rosso peut se targuer d’être le premier film du fabuleux mangaka et réalisateur Hayao Miyazaki a avoir connu une sortie salle en France. Le cochon volant anthropomorphe débarque chez nous le 21 juin 1995 (il rassemble à l’époque 167.000 curieux), soit trois ans après le Japon (les nippons ont pu le découvrir dès le 18 juillet 1992). Le milieu des années 90 résonne comme une période d’ouverture au manga et à l’animation japonaise qui commencent alors à plaire de plus en plus aux jeunes ados français. Le moment est propice pour donner l’occasion au public hexagonal de pouvoir apprécier le savoir-faire des studios Ghibli et de maître Miyazaki qui livre déjà là son 6ème film (en annonçant Le vent se lève comme son ultime long métrage, Porco Rosso incarne ainsi l’œuvre centrale d’une carrière exemplaire et sans fausse note).

Avec ce long à la fois poétique et onirique, Miyazaki signe l’un de ses films les plus adultes. Un sentiment consolidé par le cadre et l’époque choisis par l’auteur. L’histoire se déroule en Italie durant la période d’entre-deux guerres, en pleine montée du fascisme. Un porc valeureux surnommé “Porco Rosso” livre des combats aériens acharnés contre les pirates du ciel quelque part au beau milieu de la Mer Adriatique. C’est une chose assez inédite de la part de Miyazaki que de planter son décor sur une région et des événements qui s’inspirent aussi fortement de faits réels (nous avons davantage l’habitude de le voir emprunter au folklore, aux contes et aux légendes). A bord de son hydravion rouge vif, notre cochon parvient à délivrer des scènes enchanteresses sous forme d’hommage à la grande époque de l’aviation. Il rencontre dans sa vie de pilote des personnages à la fois drôles et touchants (la jeune Fio) ainsi que des adversaires qui comptent sans cesse le défier pour se mesurer à lui (les pirates du ciel mais surtout l’aviateur et rival américain Donald Curtis).

Miyazaki a choisi de représenter son héros Porco comme une figure indépendante se basant sur des principes anti-guerre (le personnage refuse tout rapport avec le régime fasciste). C’est à vrai dire ce petit côté subversif qui agrémente l’âme de notre héros volant pour le rendre au final si attachant (notons que le doublage français du personnage a été confié à Jean Reno et qu’il rend la VF plutôt recommandable).

La beauté des images exerce un ascendant très fort sur le spectateur, ce flot continu de scènes qui se situent au-dessus des nuages subjugue et fascine (nous retiendrons le moment tout bonnement somptueux où Porco se retrouve dans son avion avant sa métamorphose entouré par les âmes des pilotes morts au combat), c’est toute la magie Ghibli qui opère devant nos yeux.

Il souffle sur Porco Rosso un doux parfum d’aventure et de volupté dont seul Miyazaki a le secret. Ce chef d’œuvre de l’animation japonaise qui s’adresse plus spontanément à un public adulte n’a pas pris une seule ride un peu plus de 20 ans après sa création. Une magnifique pierre angulaire dans la filmographie d’un grand.