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Miraï, ma petite sœur – Mamoru Hosoda

Miraï, ma petite sœur – Mamoru Hosoda

Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalomagique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente ! A travers ces aventures, Kun va découvrir sa propre histoire.

Depuis une décennie et la sortie de son premier long-métrage réalisé en solo, La Traversée du temps, en 2007, Mamoru Hosoda s’est imposé comme l’un des plus grands réalisateurs de films d’animation japonais contemporain. Sa filmographie sans faute semble faire la synthèse entre le réalisme intellectuel d’Isao Takahata et la fantasmagorie philosophique de Hayao Miyazaki, chefs de file du genre. 

Dans Miraï, ma petite sœur, Hosoda continue d’explorer ses thèmes de prédilection : une famille qui se cherche, un soupçon de fantastique et une petite étude de caractère. Kun, un petit garçon passionné par les trains, vit une enfance heureuse avec ses parents, sa grand-mère et son chien Yukko. Oui, mais voilà : Kun n’est plus fils unique et devient grand frère malgré lui après que papa et maman lui aient donné une petite sœur. Le nouveau-né ne tarde pas à devenir le centre d’attention exclusif de la famille, y compris de Kun lui-même, qui tente mille et une choses pour que ses parents s’intéressent de nouveau à lui, allant jusqu’à frapper Miraï et à traiter sa mère de démon. Soudain, le monde vacille ! Kun se retrouve plongé dans une nouvelle dimension temporelle, celle du futur, et se lance dans un voyage initiatique qui va le conduire à épouser la figure du grand frère qu’il doit devenir.

Cette fois-ci, pas de décors fantasmagoriques comme dans Le Garçon et la Bête, mais un lieu réaliste unique – la maison des parents de Kun – dans lequel vient s’incruster le fantastique. Au sein de cet espace futuriste où Kun se réfugie quand il se sent délaissé, le chien Yukko se transforme en jeune homme tandis que sa petite sœur Miraï devient une jeune femme pleine de personnalité et de sagesse.

Si, dans certains films, le héros parcourt son passé pour mieux se construire au présent – ce que fait Kun à certains moments de l’intrigue – la découverte de l’avenir, principale source d’apprentissage du jeune protagoniste, semble lui chuchoter à l’oreille : tu vois, Kun, avoir une petite sœur n’est pas si terrible. Mais Kun n’est pas le seul à appréhender l’arrivée de Miraï : son père, qui doit gérer les deux enfants après le choix de son épouse de reprendre une activité professionnelle, apprend à s’investir dans les tâches domestiques et l’éducation de ses progénitures.

Le rêve et le réel se confondent jusqu’à fusionner dans l’unité de lieu du film, par des séquences oniriques (Kun et Miraï planant dans le ciel) ou l’utilisation de techniques d’animation différentes du layout traditionnel : voir la magnifique séquence en gare de Tokyo, où le responsable des objets trouvés et la petite horloge qui l’accompagne sont faits de papier découpé.

On retrouve toute l’originalité de Mamoru Hosoda, qui a le talent d’aborder, dans des chroniques socio-familiales poétiques, des thématiques complexes rendues accessibles à tous par la superposition des temporalités et des époques, du réalisme et de l’imaginaire. Un film enchanteur et pédagogique.