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Tu te leurres – Jean-Joseph Rabearivelo

Tu te leurres – Jean-Joseph Rabearivelo

Tu te leurres,
toi qui as l’air d’un petit oiseau
égaré dans la forêt neigeuse qui va
jusqu’à la poitrine de Tagore,
de Whitman et de Jammes
qui remplacent le Christ sur ta couche,
puisque ce n’est pas la vieillesse du monde
ni celle du jour plusieurs fois millénaire
qui caresse ici sa barbe blanche
et épaisse comme l’oubli,
comme l’espoir et comme la brume des matins torrides,
là-bas, sur toutes les montagnes,
astrologue interrogeant les étoiles
et fumant une pipe en terre,
c’est sa jeunesse, ô mon enfant,
sa jeunesse éternelle :
métamorphosée
(peut-être grâce au chant des poètes que tu préfères
et qui créent pour toi une religion
dans ce silence sans fond
peuplé de colonnes et de fleuves,
de vivants et de morts)
elle n’est plus que l’ombre de tout le passé
et n’écoute que le seul présent.