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Toi, globe là-haut – Walt Whitman

Toi, globe là-haut – Walt Whitman

Toi, globe là-haut dans ton éblouissement total ! Toi, midi brûlant d’octobre !
Qui inondes de lumière éclatante le sable gris de la plage,
La mer proche au sifflement rauque avec ses perspectives lointaines et son écume,
Et ses traînées fauves et ses ombres et son immensité bleue ;
Ô soleil resplendissant de midi ! A toi j’adresse un mot spécial.

Ecoute-moi, souverain !
C’est ton amant qui te parle, car toujours je t’ai adoré.
Même poupon je me chauffais à tes rayons, plus tard, heureux gamin, seul à l’orée d’un bois, tes rayons qui de loin me touchaient suffisaient à mon bonheur.
Et jeune ou vieux ou homme mûri, tu as été pour moi tel qu’en ce jour où je darde vers toi mon invocation.

(Tu ne peux me tromper par ton silence.
Je sais que toute la Nature cède devant l’homme digne.
Quoique ne répondant pas avec des mots, les cieux,
les arbres entendent sa voix — et toi aussi, ô soleil ;
Quant à tes douleurs effroyables, tes perturbations, tes percées soudaines et tes flèches de flamme gigantesques,
Je les comprends, car moi aussi je connais ces flammes et ces perturbations.)

Toi qui répands ta chaleur et ta lumière fructifîcatrices,
Sur les myriades de fermes, sur les terres et les eaux du Nord et du Sud,
Sur le Mississippi au cours interminable, sur les plaines herbues du Texas, sur les forêts du Canada,
Sur tout le globe qui tourne son visage vers toi brillant dans l’espace.
Toi qui enveloppes tout impartialement, non seulement les continents, mais les mers.
Toi qui donnes en prodigue aux raisins et aux herbes folles et aux fleurettes des champs.
Répands-toi, répands-toi sur moi et mes poèmes, ne me verse qu’un rayon fugitif de tes millions de millions.
Traverse ces chants.

Et ne darde pas seulement pour eux ton éclat subtil et ta force,
Mais prépare aussi le jour avancé de mon être, — prépare mes ombres qui s’allongent,
Prépare mes nuits étoilées.