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Testament – Saint Simon

Testament – Saint Simon

(Extrait)

Je veux que de quelque lieu que je meure, mon corps soit apporté et inhumé dans le caveau de l’Église paroissiale dudit lieu de la Ferté auprès de celui de ma très chère épouse, et qu’il soit fait et mis anneaux, crochets et liens de fer qui attachent nos deux cercueils si étroitement ensemble et si bien rivés, qu’il soit impossible de les séparer l’un de l’autre sans les briser tous deux.

Je veux aussi et ordonne très expressément qu’il soit mis et rivé sur nos deux cercueils une plaque de cuivre, sur chacune desquelles soient respectivement gravés nos noms et âges, le jour trop heureux pour moi de notre mariage et celui de notre mort : que sur la sienne, autant que l’espace le pourra permettre, soient gravées ses incomparables vertus : sa piété inaltérable de toute sa vie si vraie, si simple, si constante, si uniforme, si solide, si admirable, si singulièrement aimable qui l’a rendue les délices et l’admiration de tout ce qui l’a connue, et sur toutes les deux plaques, la tendresse extrême et réciproque, la confiance sans réserve, l’union intime parfaite sans lacune, et si pleinement réciproque dont il a plu à Dieu bénir singulièrement tout le cours de notre mariage, qui a fait de moi tant qu’il a duré, l’homme le plus heureux, goûtant sans cesse l’inestimable prix de cette Perle unique, qui réunissant tout ce qu’il est possible d’aimable et d’estimable avec le don du plus excellent conseil, sans jamais la plus légère complaisance en elle-même, ressembla si bien à la femme forte décrite par le Saint Esprit, de laquelle aussi la perte m’a rendu la vie à charge, et le plus malheureux de tous les hommes par l’amertume et les pointes que j’en ressens jour et nuit en presque tous les moments de ma vie.