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Solitude – Tomas Tranströmer

Solitude – Tomas Tranströmer

I

Ici je fus près de mourir un soir de février.

La voiture dérapa sur le verglas, du mauvais côté de la route. Les voitures en contre sens leurs phares – arrivaient, proches.

Mon nom, mes filles, mon travail se détachèrent, demeurant silencieux loin derrière, très loin derrière. J’étais sans nom
comme un garçon dans une cour d’école entouré d’ennemis.

Les voitures en contre sens avaient des phares puissants. Elles m’éclairaient tandis que je tournais et tournais le volant
pris d’un effroi transparent, coulant comme du blanc d’œuf. Les secondes grandissaient – donnant de l’espace –
grandes soudain comme des hôpitaux.

On aurait pu s’arrêter, quasiment, et respirer un instant avant de se briser. Et vint une prise : l’aide d’un grain de sable
ou d’un coup de vent merveilleux. La voiture se dégagea et rampa à travers la route, vite. Un poteau surgit et se brisa – un bruit perçant – il vola loin dans l’obscurité.

Jusqu’à ce que tout devienne silencieux. J’étais assis, encore attaché, je regardais quelqu’un s’approcher sous la neige pour voir ce qu’il était advenu de moi.

II

J’ai parcouru longtemps les champs gelés de l’Östergötland.

Nul homme n’était en vue, jamais.

En d’autres parties du monde il y a des gens qui naissent, vivent, meurent dans une perpétuelle bousculade.

Être toujours visible – vivre sous un essaim de regards – doit donner une expression du visage particulière. Visage couvert d’argile.

Leur murmure surgit et tombe tandis qu’ils se séparent, se partagent le ciel, les ombres, les grains de sable.

Je dois être seul dix minutes le matin et dix minutes le soir. – Sans rien à faire.

Tous font la queue chez tous.

Plusieurs.

Un.