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Les monte-en-l’air – Jehan Rictus

Les monte-en-l’air – Jehan Rictus

— « Vas-y Julot, vas-y vieux frère,
faut m’ mett’ dedans c’te lourde-là ;
la carouble a peut pas y faire,
on va n’être encor chocolat !

Magn’-toi magn’-toi, prends l’ suc de pomme,
ya nib de pant’s dans le log’teau,
y vienn’nt de call’ter en auto
avec les lardons et la bonne.

Quand qu’y rentiff’ront, minc’ de blair !
Beuh !… c’est kif-kif, el’ mêm’ méquier ;
gn’en a les z’uns qu’il est banquiers
et les aut’s qu’il est monte-en-l’air.

Seul’ment, nous aut’s, on a pus d’ risques,
tandis qu’euss aut’s, y z’ont pus d’ frais ;
avant qu’y soyent bons pour êt’ faits,
faut qu’y z’ayent raflé l’Obélisque….

Stop !….. Un p’tit moment si you plaît ?
Non : j’ croyais d’ n’avoir entendu
que l’ môm’ Nu-Patt’s au bout d’ la rue
nous balançait son coup d’ sifflet.

Grouill’ Julot, c’est l’Hiver, les pègres
à la faridon sont ben maigres ;
moi d’pis deux r’luits j’ai pus d’ tabac,
mais tantôt ça s’ra la nouba.

L’ monde est h’en deux compartiments :
les poir’s sont à gauch’ de la boîte.
Mon vieux…, faut toujours t’nir sa douâte
et tout l’ rest’ c’est des boniments.

À preuv’ que moi qu’ j’ai essploré
de Cayenne à… Philadelphie,
la Société d’ Géographie,
a m’a seul’ment pas décoré !

Qui d’main s’ra à la ribouldingue ?
Qui jett’ra d’ l’huile aux pus huileux ?
Qui n’aura l’ flac et l’ gros morlingue ?
C’est les gas qu’il est pas frileux.

Les gas d’altèqu’…, les rigolos,
les pénars, les marl’s, les macaires,
qu’ estim’nt qu’y sont pas su’ la Terre
pour marner avec les boulots.

Et qui mêm’, quand y pass’nt à planche,
z’yeut’nt les chats-fourrés dans la poire,
car c’est qu’ par marlouse et fortanche
qu’y sont d’ l’aut’ côté du comptoir !

Seul’ment vieux, laiss’ ça,… c’est rouillé,
tu t’ mets pour peau d’ zèbe en quarante ;
r’gard’ comment que j’ vas travailler….
Rrrran !… Minc’ de pesée ! Minc’ de fente !

Hein ? C’est pas du boulot d’ gingeole !
Enquill’ Julot, pousse el’ verrou…
sans charrier…, nous voilà chez nous….
Ben… quéqu’ t’ as Juju, tu flageoles ?

S’pèc’ de schnock, tu vas pas flancher !
T’es-t’y un pote ou eun’ feignasse ?
À preusent que j’ t’ai embauché,
tu veux chier du poivre à mon gniasse ?

Tu sais,… méfie-toi…, l’est moins deux ;
pas d’ giries ou… j’ te capahute ;
et pis après j’ me mets les flûtes,
tant pir’ pour les canards boiteux.

Quiens, tette un coup…, v’là eun’ bouteille,
attends…, c’est d’ la fin’ « Grand Marnier » ;
allons Julot, voyons ma vieille,
hardi ! du cœur et du pognet.

Na ! maint’nant trott’ su’ la carpette
en douce,… enlève tes… escarpins ;
pas par là, c’est la sall’ de bains,
où qu’ tu crois qu’y carr’nt leurs pépettes,

Avance, y va falloir gratter,
on n’en est encor qu’au prologue ;
pas par là non pus, c’est les gogues !
Ben mon pot’, t’ es rien effronté !

Non ! Allum’-moi leur gueulard’rie
(ah ! on n’est pas chez des biffins !)
Les vach’s ! ça croût’ dans l’argent’rie
pendant qu’ l’ Ovréier meurt de faim !

À gauch’ vieill’, fouin’ dans les tiroirs,
sûr y a là d’ quoi effaroucher ;
moi j’ vas dans la chambe à coucher,
faut que j’ dis’ deux mots à l’ormoire.

Ah ! j’ te r’command’,… fais pas d’ paquets,
n’ chauff’ que c’ qu’on peut tasser en fouilles,
voyez brocquans, talbins, monouilles,
en sortant on s’ f’rait remarquer !

Cré tas d’ sans-soins ! Y laiss’nt traîner
leur toquant’ su’ la cheminée,
étouffons, étouffons toujours….
Marie vous aurez vos huit jours !

Voyons leur linge. Il est coquet :
allons, aboul’-toi su’ l’ parquet,
(ça m’ rappell’ quand j’étais en Chine
cabot fantabosse ed’ marine.)

Phalzars brodanchés ? Beau travail.
Zou ! j’en carre un pour ma congaï.
Quand a n’aura ça su’ les fesses,
a mettra pus d’ cœur au bizness.

Preusent viv’ment, cherrons l’ mat’las !
Aign’ donc, à nous deux Nicolas !…
Ohé Julot, pas tant d’ bouzin,
tu vas fair’ tiquer les voisins !

Qué qu’ tu jabot’s ? On sonne ? On cogne ?
Bien bien, j’ rappliqu’…, fais dall’, tais-toi….
Merde ! on est visés ! C’est les cognes.
Allez !… faut s’ barrer par les toits.

Hop ! su’ l’ balcon, plaqu’ tout, au trot…
Qu’est-c’ qu’y t’ prend ? Encore eun’ faiblesse !
Ah ! ben mon vieux, cett’ fois j’ te laisse ;
pour t’emm’ner j’ai pas d’aéro.

Salaud ! Y tourne des mirettes !
Ah ! on m’y r’prendra eune aut’ fois
à voyager comme eun’ galette
avec un garçon qu’ a les foies !

Bon Dieu ! Y en a du trêpe en bas.
Cassez la lourde, allez, cassez !
Quiens, l’ Môm’ Nu-Patt’s il est coincé,
mais Sézig y l’ont h’encor pas.

Voui, tas d’ truff’s, app’lez les pompiers ;
j’ n’ai ni I’ vertigo ni la trouille,
moi j’ grimpe ou j’ dévale eun’ gargouille,
six étag’s, blavin dans les pieds !

J’ suis bon, j’ m’envole…, arr’moir’ Julotte !
t’t’ à l’heure au quart, d’main à la Tour,
tâch’ de n’ pas m’ donner au Gerbier
ou ben j’ t’arr’trouv’rai un d’ ces jours…

t’ entends coquine, emmanché, fiotte,
hé, Apprenti ! Hé, gât’-métier !