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Lambe – Jean-Joseph Rabearivelo

Lambe – Jean-Joseph Rabearivelo

Peu d’arbres fleurissent sans feuillage,
peu de fleurs éclosent sans parfum
et peu de fruits mûrissent sans pulpe –
tu es le feuillage, tu es le parfum,
tu es la pulpe du vieil arbre
qu’est ma race, ô lambe.

Ton nom rime bien avec jambes
dans cette langue que j’ai choisie
pour préserver mon nom de l’oubli,
dans cette langue qui parle à l’âme
alors que la nôtre murmure au cœur.

Ton nom rime bien avec jambes –
avec les jambes que couvre ta finesse
transparente ;
mais toi, tu rimes bien avec plusieurs autres choses
dans ma pensée.

Ton apparition rime avec les rochers,
en Imerina,
quand il y a fête et que la foule va sur les terrasses ;
avec les bandes d’aigrettes pacifiques
qui viennent se poser sur les forêts de joncs
dès que chavire le soleil.

Avec la terre rouge qui nourrit les bambous ;
avec les huttes qui bordent les futaies –
quelles ruches pleines de femmes-enfants ?
Quelles femmes-enfants enduites de graisses végétales ? –
avec le sable étincelant
et les sources que cèlent les ronces,
et toutes les beautés inconnues de l’île australe
que tu animes enroulé sur les épaules des miens,
ô lambe que j’ai délaissé
mais qui m’envelopperas, à la fin,
dans le silence de la terre
d’où jaillira l’élan des herbes.