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En marche – Rudyard Kipling

En marche – Rudyard Kipling

Nous sommes la relève qui marche au pas dans les plaines ensoleillées de l’Inde,
Un peu avant Noël et juste après la saison des pluies ;
Hé ! Fais place, toi qui conduis tes bœufs, tu as entendu le clairon sonner,
Il y a un régiment qui arrive sur la grand-route ;
En partant du bon pied
La route file,
Et chaque fichu campement est exactement comme le précédent ;
Pendant ce temps la grosse caisse résonne
« Boum ! Boum ! » – et dit
« Mais allez-vous donc nous laisser le passage ? »

Oh, il y a les temples indiens à admirer quand on passe,
Le paon au détour de la route et le singe en haut de l’arbre,
Il y a cette drôle d’herbe argentée qui ondule au vent,
Et la vieille grand-route s’étire derrière comme une bandoulière de fusil.
En partant du bon pied…

Réveil à cinq heures et demie, il faut démonter les tentes,
On dirait plein de petits champignons, comme ceux que l’on ramasse chez nous.
Mais en une minute c’est fait, et à six heures la colonne se met en marche,
Alors que les femmes et les mioches sont assis et tremblants dans les chariots.
En partant du bon pied…

Oh, quand on rompt les rangs, on allume une pipe et on chante,
Et on parle de nos rations et de beaucoup d’autres choses,
Et on pense à nos amis en Angleterre, et on se demande ce qu’ils deviennent,
Et on se dit qu’ils nous admireraient s’ils nous entendaient parler pidgin.
En partant du bon pied…

C’est pas trop mal le dimanche, quand couchés à notre aise,
On regarde les cerfs-volants tournoyer autour d’arbres dont la cime est comme de la plume
Car s’il n’y a pas de femmes, au moins il n’y a pas de casernes,
Alors les officiers vont à la chasse et les hommes de troupe jouent aux cartes.
Jusqu’à ce qu’ils partent du bon pied…

Alors écoutez bien, vous les jeunes recrues, toujours prêtes à râler,
Il y a pire que de marcher d’Ambala à Kanpur ;
Et si vous avez des ampoules aux talons qui vous font souffrir l’enfer,
Enduisez vos chaussettes de suif, et cela s’arrangera.
Car en partant du bon pied…

Nous sommes la relève qui marche au pas sur la grève de corail de l’Inde,
Huit cents soldats anglais, le colonel, et la fanfare ;
Hé ! Fais place, toi qui conduis tes bœufs, tu as entendu le clairon sonner,
Il y a un régiment qui arrive sur la grand-route ;
En partant du bon pied,
La route file,
Et chaque fichu campement est exactement comme le précédent ;
Pendant ce temps la grosse caisse résonne –
« Boum ! Boum ! » – et dit
« Mais allez-vous donc nous laisser le passage ? »