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Cactus – Jean-Joseph Rabearivelo

Cactus – Jean-Joseph Rabearivelo

Cette multitude de mains fondues
qui tendent encore des fleurs à l’azur,
cette multitude de mains sans doigts
que le vent n’arrive pas à agiter,
on dit qu’une source cachée
sourd dans leurs paumes intactes ;
on dit que cette source intérieure
désaltère des milliers de bœufs
et de nombreuses tribus, des tribus errantes,
aux confins du Sud.

Mains sans doigts jaillies d’une source,
mains fondues couronnant l’azur.

Ici,
quand les flancs de la Cité en étaient encore aussi verts
que les clairs de lune bondissant dans les forêts,
quand elles éventaient encore les collines d’Iarive
accroupies comme des taureaux repus,
c’était sur des rochers escarpés et défendus même des chèvres
que s’isolaient, pour garder leurs sources,
ces lépreuses parées de fleurs.

Pénètre la grotte d’où elles sont venues
si tu veux connaître l’origine du mal qui les décime,
– origine plus nébuleuse que le soir
et plus lointaine que l’aurore –
mais tu ne sauras pas plus que moi :
le sang de la terre, la sueur de la pierre
et le sperme du vent
qui coulent ensemble dans ces paumes,
en ont dissous les doigts
et mis des fleurs d’or à la place.

Je sais un enfant,
prince encore au royaume de Dieu,
qui voudrait ajouter :
« Et le Sort, ayant eu pitié de ces lépreuses,
leur a dit de planter des fleurs
et de garder des sources
loin des hommes cruels. »